S’intéresser aux institutions démocratiques de notre pays semble vain quand les rapports 2025 de la Fondation pour le logement et d’Unicef révèlent 4,2 millions de mal-logés et 350 000 sans domicile. Pour ces millions de Français, voter aux municipales 2026 passe au second plan face aux difficultés extrêmes de survie quotidienne. La démocratie peut-elle se réduire à des procédures quand les droits fondamentaux s’effondrent ?
Une précarité qui s’accélère dramatiquement
La crise atteint des sommets : 4,2 millions de mal-logés au total, 1 million sans logement personnel (rue, hôtels, hébergements), contre 143 000 en 2012. 12 millions sous le seuil de pauvreté, 30 % des ménages ont souffert du froid en 2024 (contre 14 % en 2020).
Seulement 82 000 HLM produits en 2024 (record bas en 20 ans), face à 2,7 millions de demandes en attente. Les expulsions locatives explosent : +17 % en 2023 (19 023 ménages), +150 % sur 20 ans. De 735 à 912 morts dans la rue en 2024–2025, dont 38 enfants selon Unicef.
Les enfants et handicapés : premières victimes
Unicef alerte : 32 000 enfants à la rue ou à l’hôtel, 23 % prenant moins de trois repas par jour, des milliers non scolarisés. Les personnes handicapées sont surreprésentées : 22 000 logements inadaptés, discrimination accrue dans l’accès au logement.
Promesses présidentielles, un ruissellement qui ne ruisselle pas
Emmanuel Macron avait promis, dès 2017, de construire « des logements pour tous » et de relancer le parc social, avec des annonces récurrentes comme le plan de relance de 2023. C’est aussi en 2017 qu’Emmanuel Macron défend la théorie du ruissellement : “Quand les riches investissent, ça profite à tous via emplois et croissance”.
Au contraire, les inégalités explosent : les plus riches accumulent (patrimoines dopés par les marchés immobiliers et boursiers), tandis que les pauvres se multiplient. Faire des déclarations d’intention sans engager des moyens concrets pour les plus démunis relève du pari hasardeux, voire de l’irresponsabilité politique.
En effet la production de HLM chute à 95 000 unités en 2025 contre 124 000 en 2016, surtout dans les catégories les plus abordables. Les aides au logement diminuent, les conditions d’accès au RSA et aux allocations chômage se durcissent. La loi anti-squat Kasbarian-Bergé (2023) aggrave les expulsions sans relogement (+50% en deux ans, +223% sur vingt ans), touchant même des familles avec enfants, des personnes âgées ou malades.
8 ministres du Logement depuis 2017 témoignent d’une instabilité politique chronique.
Consulter notre page détaillée sur les annonces du président Macron.
Des choix politiques qui pénalisent les plus précaires
Ponctions sur budgets HLM, Pinel privé favorisé au détriment du logement social, hostilité au HLM (ventes, droit de veto des maires, dilution loi SRU) sont des signes négatifs de cette politique.
Certains maires peuvent refuser l’implantation de HLM sur leur territoire.
C’est un frein majeur à la construction de logements sociaux et c’est donc en conflit avec la loi SRU (25% logements sociaux obligatoire dans certaines communes).
Résultat :la file d’attente pour un logement social a doublé en 20 ans, préfets expulsant familles et malades.
Ces échecs ne relèvent pas d’un défaut démocratique, mais de priorités maladroites ou cyniques.
L’extrême droite, elle, en pointant des boucs émissaires plutôt que la pauvreté structurelle, risque d’aggraver le mal.
Le sujet s’invitera-t-il aux municipales 2026 ?
Démocratie : liberté critique, une faible consolation
Ce n’est pas une raison de s’en satisfaire mais pouvoir dénoncer ces échecs publics prouve la résilience démocratique. Dans bien des pays, une telle critique, publique ou confidentielle,serait impossible, réprimée ou ignorée. Mais la démocratie exige des actes concrets : relance massive HLM, taxation des fortunes, régulation Airbnb, réquisitions logements vides.
De nouvelles promesses ambitieuses ?
Janvier 2026 – Plan relance logement (Lecornu)
Sébastien Lecornu (1er ministre) annonce 2 millions de logements d’ici 2030 (400 000/an), remplaçant Pinel par “statut du bailleur privé”.
Objectif affiché : “logement partout, pour tous”.
En pratique, entre l’acquisition du terrain, les études, le dépôt du permis de construire, les éventuels recours puis le chantier lui-même, il s’écoule facilement deux à trois ans avant la livraison d’un programme de logements, et souvent davantage pour le logement social.
Autrement dit, même si les annonces de 2026 étaient tenues, leurs effets concrets sur le mal-logement ne se feraient sentir qu’à moyen ou long terme, bien au-delà du calendrier politique habituel.
Sources:
Ce qu’il faut retenir du plan de relance du logement présenté par Sébastien Lecornu
https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/01/23/ce-qu-il-faut-retenir-du-plan-relance-logement-presente-par-sebastien-lecornu_6458923_3224.html
PLF 2026 – Mesures logement social
• Hausse APL (+600 M€)
• Baisse RLS (réduction loyer solidarité)
• +19,9 M€ pour 2 790 places pensions de famille (Logement d’abord)
Source :
PLF 2026 : vague de fonds pour le logement social et les plus précaires
https://www.banquedesterritoires.fr/plf-2026-vague-de-fonds-pour-le-logement-social-et-les-plus-precaires
Rapports officiels
30ème rapport Fondation pour le logement 2025
https://www.fondationpourlelogement.fr/30e-rapport-sur-letat-du-mal-logement-en-france-2025/
Le rapport complet au format PDF
https://www.fondationpourlelogement.fr/wp-content/uploads/2026/02/reml-2026-rapport-etat-mal-logement-2026.pdf
Synthèses Emmaüs France
https://emmaus-france.org/une-nouvelle-annee-noire-pour-le-logement-en-france/
Articles de presse
France 24 : Mal-logement et municipales 2026
https://www.france24.com/fr/info-en-continu/20260202-le-mal-logement-s-aggrave-en-france-et-s-impose-dans-la-campagne-des-municipales
TF1 Info : Mal-logement, année noire 2025
https://www.tf1info.fr/societe/mal-logement-les-chiffres-edifiants-d-une-annee-noire-2025-devoiles-par-un-rapport-fondation-pour-le-logement-abbe-pierre-2422359.html
Le Pèlerin : Crise aggravée 2025
https://www.lepelerin.com/france/societe/mal-logement-la-crise-du-logement-saccentue-11082
Télérama: Le résultat désastreux de la casse du parc social
https://www.telerama.fr/debats-reportages/en-france-le-mal-logement-et-la-precarite-explosent-le-resultat-desastreux-de-la-casse-du-parc-social-7029537.php
Politis: Sans logement stable, pas d’émancipation possible
https://www.politis.fr/articles/2026/02/tribune-copernic-sans-logement-stable-pas-demancipation-possible

