Adrien Bilal : penser l’économie autrement, pour rouvrir l’horizon démocratique

Ce midi au marché de Léog­nan, mon épici­er favori, Benoît Aubé, m’a inter­pel­lé pour me par­ler d’un chercheur qu’il avait décou­vert récem­ment. Son ent­hou­si­asme était com­mu­ni­catif : il venait de tomber sur Adrien Bilal, écon­o­miste dont les travaux don­nent le sen­ti­ment qu’un autre rap­port à l’é­conomie est pos­si­ble, loin des mécan­ismes habituels qui lais­sent tant de pou­voir à quelques-uns. Cette décou­verte m’a sem­blé suff­isam­ment stim­u­lante pour mérit­er un détour par son tra­vail.

Adrien Bilal, lau­réat du prix du meilleur jeune écon­o­miste 2026, est pro­fesseur assis­tant à Stan­ford. Français d’o­rig­ine, for­mé à l’É­cole Poly­tech­nique et à la Lon­don School of Eco­nom­ics, il tra­vaille au croise­ment de la macroé­conomie, du cli­mat et des iné­gal­ités ter­ri­to­ri­ales. Ses recherch­es ne se con­tentent pas de chiffres : elles cherchent à mon­tr­er com­ment les choix économiques pèsent con­crète­ment sur les ter­ri­toires, les emplois et les généra­tions futures.

Le coût réel du réchauffement climatique

Son tra­vail le plus remar­qué porte sur les con­séquences macroé­conomiques du change­ment cli­ma­tique. Avec Diego Känzig, il estime que chaque degré de hausse des tem­péra­tures pour­rait coûter jusqu’à 50% du PIB mon­di­al d’i­ci 2100. Ces chiffres alar­mants oblig­ent à repenser l’ur­gence cli­ma­tique non pas comme un “prob­lème moral”, mais comme une ques­tion économique majeure.
“Dia­logue avec Adrien Bilal – Le coût du change­ment cli­ma­tique” (Insti­tut Avant-Garde, mai 2024)

Des ressources accessibles en français

Ce qui rend Adrien Bilal pré­cieux pour un pub­lic non spé­cial­iste, c’est sa capac­ité à ren­dre ses travaux com­préhen­si­bles :

Pourquoi ça concerne la démocratie ?

Les travaux d’Adrien Bilal touchent au cœur du débat démoc­ra­tique : qui décide des règles économiques, et qui en paie le prix ? Quand il mon­tre que le réchauf­fe­ment cli­ma­tique va creuser les iné­gal­ités ter­ri­to­ri­ales, qu’il va appau­vrir cer­tains secteurs et enrichir d’autres, il oblige à repenser la répar­ti­tion des efforts et des coûts.
Une démoc­ra­tie vivante ne se con­tente pas d’élire des représen­tants. Elle doit aus­si per­me­t­tre aux citoyens de com­pren­dre les mécan­ismes économiques qui struc­turent leur vie quo­ti­di­enne. Les chiffres d’Adrien Bilal ren­dent lis­i­bles ces rap­ports de force invis­i­bles: qui pro­duit la richesse, qui la cap­ture, qui assume les exter­nal­ités néga­tives ?

Faire autrement en économie

En mon­trant qu’on peut mesur­er l’é­conomie autrement, Adrien Bilal ouvre une brèche. Il ne s’ag­it pas de “tout chang­er” dans l’ab­strait, mais de ren­dre vis­i­ble ce qui était opaque. C’est une démarche démoc­ra­tique par excel­lence : don­ner aux citoyens les out­ils intel­lectuels pour dis­cuter à armes égales des choix qui enga­gent leur avenir com­mun.
Son tra­vail rap­pelle que l’é­conomie n’est pas une fatal­ité. Elle est une con­struc­tion sociale qui peut être inter­rogée, cri­tiquée, réori­en­tée. Et c’est pré­cisé­ment cette capac­ité à “penser autrement” qui fait écho à l’e­sprit de ce blog.

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