Palestine — Israël au cinéma

Deux films récents ont per­mis de présen­ter un éclairage sur l’his­toire de cette région du monde.

1- D’abord Palestine 36, lire :

“Pales­tine 36” : un film his­torique oppor­tun pour com­pren­dre les racines de la vio­lence au Proche-Ori­ent

“Tant que les lap­ins n’au­ront pas d’his­to­riens, l’his­toire sera racon­tée par des chas­seurs.” (Howard Zinn)
Out­re le mythe de la “terre promise”, la pro­pa­gande israéli­enne assied tran­quille­ment la légitim­ité de la créa­tion de l’É­tat hébreu sur une série de men­songes his­toriques, par exem­ple l’idée que le sen­ti­ment nation­al pales­tinien n’au­rait jamais existé. Qu’il ne se serait con­stru­it qu’en réac­tion à la créa­tion de l’É­tat d’Is­raël.
C’est une con­tre-his­toire qu’écrit la réal­isatrice Annemarie Jacir avec cette épopée his­torique qui racon­te la pre­mière grande révolte arabe en 1936 con­tre le gou­verne­ment bri­tan­nique man­dataire en Pales­tine. Révolte pour la recon­nais­sance d’un État pales­tinien pour les Pales­tiniens, con­tre les dépos­ses­sions de leurs ter­res et con­tre leur peu­ple­ment par les vic­times des per­sé­cu­tions anti­sémites en Europe.
À tra­vers ce film his­torique la réal­isatrice pose avec pré­ci­sion tous les ingré­di­ents — duplic­ité des autorités bri­tan­niques, qui sera aus­si celle des insti­tu­tions inter­na­tionales, vio­lence des mil­ices de colons… qui con­tribueront à la créa­tion de l’É­tat d’Is­raël et à la Nak­ba, la “cat­a­stro­phe” en arabe : 17 000 km² de ter­res pales­tini­ennes con­fisquées, 500 villes et vil­lages rasés, 700 000 à 800 000 Pales­tiniens déportés…

2- Puis “Ce qu’il reste de nous”, lire:

“Ce qu’il reste de nous” : une grande fresque famil­iale pour racon­ter l’his­toire des Pales­tiniens depuis 1948

Hasard du cal­en­dri­er des sor­ties de films. Un pro­longe­ment sur un tout autre mode de Pales­tine 36. “Ce qu’il reste de nous”,  dresse le por­trait sur trois généra­tions d’une même famille pales­tini­enne, depuis 1948, date de la créa­tion de l’É­tat d’Is­raël et de la Nak­ba (le grand exil des Pales­tiniens chas­sés de leur terre), jusqu’à nos jours en pas­sant par les années 1980 et la pre­mière intifa­da.
Le réc­it com­mence en 1988, date des pre­mières grandes man­i­fes­ta­tions et de la pre­mière intifa­da: le jeune Noor, fils de Hanan, voit en quelques sec­on­des sa vie bas­culer, en même temps que celle de ses par­ents. La voix nous ramène alors en 1948. Sharif, grand-père de Noor, vit con­fort­able­ment et sere­ine­ment à Jaf­fa, qui n’est pas encore un faubourg de Tel Aviv. Pour cet opti­miste obstiné, la créa-tion de l’É­tat d’Is­raël est une péripétie qui ne peut en aucun cas affecter sa famille et ce mal­gré les bom­barde­ments, de plus en plus proches. Et pour­tant… Sharif est arrêté et sa famille con­trainte de quit­ter ce havre de bon­heur pour rejoin­dre, comme des cen­taines de mil­liers d’autres, un camp de réfugiés. En l’oc­cur­rence à Naplouse. Trois décen­nies plus tard, la san­té de Sharif, enfer­mé dans ses sou­venirs, décline. Son fils Sal­im, insti­tu­teur, est con­fron­té, avec son jeune fils Noor, à la pire des humil­i­a­tions par une escouade de sol­dats de Tsa­hal: l’épisode trag­ique mar­que à vie Noor, qui grandit avec cette blessure jamais refer­mée et un pro­fond sen­ti­ment d’in­jus­tice…
Che­rien Dabis le réal­isa­teur con­voque sans angélisme mais avec un human­isme prag­ma­tique, la puis­sance du par­don et du dia­logue, qui dépassent les cli­vages his­toriques et idéologiques, nous lais­sant sur une note d’e­spoir où la démoc­ra­tie appa­raît comme l’espace frag­ile mais essen­tiel dans lequel les voix opposées peu­vent se ren­con­tr­er, s’écouter et, par­fois, se réc­on­cili­er.